Salle de classe, salle d'examen

Le 17 avril 2015, la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche adressait une lettre à l’ensemble du corps professoral annonçant la réforme du collège à venir.

I – Pourquoi cette réforme ?

Pour le Syndicat Général des Lycéens, cette réforme est utile et nécessaire. Le projet est louable en plusieurs points puisqu’il tend à réduire les déterminismes sociaux, à combattre les inégalités de réussite et à développer de nouvelles formes d’enseignement pour lutter contre un éventuel désintérêt des collégiens. Ces objectifs resteront cependant difficiles à satisfaire pleinement. Il faut donc rester vigilant.

Cette « lutte contre l’ennui » serait combattue par des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Les thèmes proposés pourraient permettre de former des citoyens plus éveillés, d’attiser la curiosité, mais également de développer une certaine pratique de l’oral, devenu central dans notre société et pourtant trop délaissée. Un partenariat entre différentes disciplines permettrait – en plus d’une première approche aux Travaux Pratiques Encadrés de première (épreuve du bac général) – une meilleure appréhension de la complémentarité de chaque matière ainsi que des enjeux de notre société.

Notre organisation lycéenne veillera à une bonne association des différentes matières au sein d’un même EPI. En cas de désaccords ou pour éviter tout problème, le SGL propose que lors de la mise en place de ces EPI, le ministère indique également les matières qui devront être obligatoirement liées à chaque thème.

Toutefois, il paraît délicat d’imposer le thème « langues et cultures de l’Antiquité » ainsi que de restreindre voire de supprimer (puisque sur les huit EPI proposés, six maximum doivent être abordés) cette approche de la culture latine et hellénistique pour les élèves intéressés par ces sociétés, leur culture et leur langue.

En effet, le ministère se défend en soutenant que cet EPI serait « complété d’un enseignement de complément pour faire vraiment du latin et du grec ». Or, la complémentarité n’est pas assurée puisqu’il n’est pas certain que le thème soit abordé. De plus, le volume horaire sera inférieur (il s’agit d’une heure en classe de 5e et de deux heures en classe de 4e et 3e). Le SGL revendique une systématisation de cet EPI pour tous les élèves.

Nous rappellons que si apprentissage du grec ou du latin il y a, celui-ci doit être soutenu et demande un travail important (autre alphabet pour le grec, déclinaisons nombreuses pour le latin…).

L’EPI « Langues et cultures de l’Antiquité » *devrait donc être enseigné à tous dès la classe de 6e afin de motiver et de faire connaitre ces cultures à tous les élèves, avant de choisir en 5e de suivre l’option ou non. Ceux qui ne choisiraient pas l’option pourraient bénéficier d’une plus grande attention portée aux  »textes fondateurs » dans les programmes de Français.

II – Palier aux lacunes et aux inégalités.

L’instauration de l’accompagnement Personnalisé (AP) au collège pose également problème.

Ce dernier s’est révélé être un véritable échec dans la plupart des lycées, ne servant que de prétexte aux professeurs pour poursuivre leurs cours sur ces heures la plupart du temps. Nous proposons que cet AP soit dirigé par un professeur extérieur à la classe, d’après un compte-rendu du professeur ayant les élèves à charge pendant la semaine. L’idée est de promouvoir une pédagogie différenciée, d’instaurer un suivi de l’élève et de développer la communication entre les professeurs.

Nous saluons l’initiative de rendre l’histoire de l’islam obligatoire dans un contexte où les amalgames deviennent de plus en plus fréquents. Cet enseignement entre en complément à celui proposé en 6e sur le judaïsme et le christianisme : aucune religion ne doit être mise de  côté. Le SGL reste confiant sur les aménagements qui seront apportés au reste du programme. Le caractère facultatif de certains points ne doit pas cacher la volonté du ministère de rendre plus lisibles les nouveaux programmes.

Concernant les modifications sur l’enseignement des langues vivantes, le SGL apprécie la volonté de permettre son apprentissage par le plus grand nombre. Les filières internationales ne permettent actuellement qu’à une minorité (qui bénéficie souvent de facilités pour partir à l’étranger…) de renforcer leurs savoirs, parfois au détriment des autres élèves. Il est pourtant nécessaire que tous les élèves puissent maîtriser deux langues vivantes à la sortie du lycée. Pour cela, l’apprentissage de la seconde langue dès la cinquième est une avancée certaine. Mais l’effort n’est pas suffisant. Le volume horaire reste encore insuffisant. Les dotations globales horaires doivent davantage permettre les petits effectifs ! On apprend difficilement une langue à 35 élèves en 2 heures par semaine ! Commencer l’apprentissage de la seconde langue dès la 6ème semble être une solution fiable.

Par ailleurs, le SGL propose d’instaurer une option d’une heure sur les aspects culturels d’une langue, pour les plus intéressés. Au delà du volume, la question de la pédagogie doit être également soulevée, mais celle-ci n’est malheuresement pas abordée…

III – Une revendication du SGL

L’un des efforts à fournir, et indiscutable pour le SGL, est la réduction des effectifs en classe. Un nombre réduit en cours permettrait un suivi plus personnalisé, de meilleures conditions d’apprentissage et un cadre plus serein pour les élèves comme pour les enseignants. Ce changement attendu de tous permettrait d’assurer le « même niveau d’exigence » qu’évoque Madame la ministre. Par ailleurs, la question des rythmes scolaires est également écartée du débat, ce qui est regrettable.

Puisque « une priorité centrale donnée à la maîtrise des savoirs fondamentaux est un impératif » comme l’écrivait la ministre, le SGL alerte aussi le ministère sur la priorité qui doit être de réduire les effectifs par classe !

Le système éducatif français est tel qu’il centralise davantage ses forces et son énergie sur l’élite en devenir. Pour le Syndicat Général des Lycéens, les attentions doivent se porter sur les élèves exposés aux inégalités scolaires, tout en permettant à chacun de trouver réponse à ses capacités et sa volonté d’apprendre. Le SGL soutient la volonté de faire progresser le collège avec cette réforme. Il en attend de même pour le lycée, en prenant en compte les remarques et propositions que nous avons pu formuler. Pour autant il semble essentiel de préciser que des points doivent encore faire l’objet de discussions avec les partenaires éducatifs et appellent une réflexion plus large sur les moyens que nous souhaitons accorder à notre éducation.