En cette rentrée 2012, l’orientation scolaire est plus que jamais au cœur des préoccupations. Le constat s’avère alarmant : les jeunes français sont parmi les plus pessimistes du monde, leur taux de chômage est considérablement élevé (26%) par rapport au restant de la population active (~10%), 140 000 élèves par an quittent le système scolaire sans aucun diplôme du second degré, et certains mêmes gardent des difficultés à lire et écrire. Les lycéens, quant à eux, subissent souvent une orientation par défaut, guidée par la hiérarchisation des filières : la voie générale est beaucoup mieux considérée que ses consœurs, la voie technologique et la voie professionnelle. Le fatalisme social demeure. Cette orientation ne tient pas compte du réel profil de l’élève, de ses motivations, et de ses aspirations pour s’épanouir dans la vie.

Quant à l’information, beaucoup d’entre-nous sont perdus dans la « jungle » des formations, des filières, ou encore des débouchés professionnels : tout d’abord à l’entrée du lycée, mais ensuite lorsqu’il s’agit de s’orienter après le baccalauréat. En effet, les informations divergent selon tel ou tel professionnel, varient sans cesse au fil des réformes, qui, par ailleurs, ne tiennent pas toujours compte de la réalité. De quoi être totalement perdu, surtout lorsque la famille n’est pas dans la capacité de jouer un rôle informatif auprès du lycéen : un sérieux problème d’égalité se pose donc. Face à cela, nos ambitions, elles, s’éloignent : l’horizon d’une entrée dans la vie active se dérobe sans cesse, car rien ne s’éclaircit. Nous devons remédier à cela, au plus vite. Le sujet de l’orientation au lycée reste méconnu, et pourtant, il s’agit d’un élément essentiel, qui lie le monde éducatif au monde professionnel, les collégiens aux lycéens, les lycéens aux étudiants ainsi qu’au monde du travail.

Nous, lycéens, sommes maîtres de nos choix, libres de s’orienter nous-mêmes, avec le conseil, l’aide, et l’appui des professionnels de l’éducation. Nous avons des propositions à formuler, des idées à partager. Les ambitions quant à l’orientation nous semblent trop limitées : il s’agit souvent là de guérir trop tardivement, voir même de « limiter les dégâts », au lieu de prévenir et de préparer les élèves à s’orienter, via la découverte de soi, du monde professionnel, universitaire, et associatif. Nous prônons un nouveau modèle d’information et d’orientation, qui sort des schémas classiques et limités : quand certains veulent nous orienter en fonction de notre potentiel « naturel », « inné », d’autres sont obsédés par la fonction économique du futur travailleur. A cela, nous préférons un système complet, basé sur le dialogue, entre le lycéen et son environnement, qui tient compte de ses ambitions, de ses préférences, sans pour autant ignorer certaines réalités économiques. Pour qu’il soit possible, il faut s’appuyer sur les dispositifs existants, comprendre les failles du système, et changer en profondeur un grand nombre d’idées préconçues sur ce que devrait être l’orientation. Tout d’abord, nous devons nous diriger vers une orientation active dès la fin du collège. Ensuite, universaliser l’information : elle doit être à la portée de tous. Enfin, nul ne doit se leurrer : la démocratisation de l’information n’entraîne pas mécaniquement une augmentation de la demande d’information. C’est cette demande d’information qu’il faut créer chez les élèves : le lycéen doit être incité à se prendre en main.

 I. Vers une orientation active dès la fin du collège

Les problèmes que connaît notre système éducatif à propos de l’orientation de ses élèves appartiennent à toute la société. En effet, l’orientation est un élément clef qui lie un grand nombre de domaines, de générations, autour du devenir de l’ensemble de la jeunesse, et ainsi, de l’ensemble du pays. Une bonne orientation tend à privilégier l’épanouissement personnel de l’élève dans sa filière, et donc dans son futur domaine d’activité. Mais pour que cette orientation soit la bonne, il convient tout d’abord de changer l’idée même de ce qu’est réellement la réussite scolaire. Selon nous, elle n’est pas fonction du nombre d’années d’études, ou du domaine de compétences des diplômes de l’élève, mais bien fonction du mérite, de l’excellence, de l’épanouissement personnel de l’élève, et enfin de son insertion, son cycle terminé, dans la vie active. Pour que cette idée change, il faut qu’elle soit intégrée dès la fin du collège, moment fatidique pour les choix d’orientation. Comme nous souhaitons un nouveau modèle d’orientation basé sur le dialogue, nous préconisons un plus grand nombre de rencontres entre parents et professeurs, mais aussi entre parents et professionnels de l’orientation. Dans le choix d’orientation, l’appui et le conseil des parents est capital. Donc ce changement de conception global de ce qu’est la réussite scolaire passe par les parents : ainsi, ces derniers doivent être informés, documentés tout autant que leurs enfants sur les différents filières et formations qui existent pour leurs enfants, dans le but de les guider et de les appuyer. Un vrai travail de fond doit être mené.

Deuxièmement, pour lutter contre la hiérarchisation des filières du lycée ainsi que l’exclusion de certains élèves du circuit scolaire, l’information à l’orientation doit être disponible pour tous. Il ne s’agit pas de dire que l’élève ayant de bons résultats n’a que faire de son orientation, car dans tous les cas, il réussira, mais qu’en revanche, celui ayant de moins bons résultats se doit de s’orienter dès la fin de la troisième. Tous doivent être informés de ce qui leur est proposé après la troisième, et ainsi choisir en fonction de leurs capacités, de leurs résultats, mais aussi selon leurs centres d’intérêts, leurs ambitions, etc. La rencontre des parents avec le personnel d’éducation ne doit donc plus être vue comme une punition, mais bien comme un dialogue, un échange d’informations. Parfois même certains parents n’osent plus mettre les pieds au sein d’une école, parce que leur enfant rencontre des difficultés : cela doit changer. Il est nécessaire que le collège devienne un lieu où l’élève découvre et se découvre, en vue de son orientation à la fin de la troisième. Pour ce, nous demandons l’ouverture globale des collèges, sur les lycées et les associations sportives qui les entourent. Bien trop souvent, le collège est un lieu renfermé : les activités extra-scolaires dépendent donc essentiellement de la volonté des parents, ainsi que de leurs moyens, posant donc un grave problème d’égalité. Le choix d’orientation arrive dans ces cas malheureusement beaucoup trop tôt.

Nous souhaitons aussi l’instauration de deux sessions de stage en troisième dans tous les collèges. En plus de cela, en partenariat avec des lycées et des lycéens, nous demandons qu’environ 10 heures dans l’année soient consacrées à la découverte des enseignements des différentes filières, et en particulier des enseignements d’exploration présents en seconde GT, pour que le choix de cet enseignement ne se fasse pas selon des facteurs autres que l’intérêt personnel. Enfin, en partenariat avec des lycées professionnels, des systèmes de mini-entreprises pourraient se développer dans tous les collèges, afin de familiariser les élèves avec le monde professionnel.

 II. De l’information disponible pour tous

L’information et l’orientation sont deux éléments indissociables : une information universelle, claire, précise, sur les formations et les différentes filières, ainsi que leurs débouchés, constitue la base d’une orientation fidèle au profil de l’élève. Ce projet ambitieux, d’un renouveau de l’orientation, s’appuie sur les dispositifs existants, en défend la critique, pour proposer ensuite des améliorations structurelles, limitant ainsi l’accumulation d’embûches sur le chemin de l’élève.

Les Centres d’Information et d’Orientation (CIO) dépendent du ministère de l’éducation nationale. Ils sont implantés sur l’ensemble du territoire. Composés de professionnels de l’orientation, souvent des Conseillers d’Orientation Psychologues (COPsy), ils peuvent accueillir les élèves, ainsi que leurs familles. Une documentation y existe, et permet aux élèves, ainsi qu’aux parents de s’informer. Malheureusement, ils sont de moins en moins nombreux, et restent trop éloignés de certaines zones. A cela, nous privilégierons une antenne dans chaque lycée, avec documents, et prise de rendez-vous. Actuellement, il est d’ailleurs possible de prendre un rendez-vous avec le COPsy, dans une une majeure partie des lycées. Quant au CDI et au Foyer, dans le lycée, une documentation, composée de livrets, de brochures de l’ONISEP, est mise à la disposition des élèves. Cependant, nous proposons que tout cela soit rassemblée dans l’antenne abordée ci-dessus, nommée « Orientation et Information », accessible depuis le Foyer, ou le CDI : elle viserait à regrouper documentation, COPsy, professionnels de l’orientation, dans tous les lycées, à proximité des élèves.

Dans ces mêmes lycées, le corps professoral joue un rôle important dans l’orientation des élèves. D’autant plus depuis la réforme du lycée qui stipule que « l’aide à l’orientation » constitue l’un des trois piliers de l’accompagnement personnalisé, avec un taux horaire de 2h/semaine (soit 72h/an). Lors de la réforme du lycée, le SGL avait montré sa ferme opposition à cette vision de l’orientation qu’il réaffirme aujourd’hui. En effet, contrairement à la vision imposée par la réforme des lycées de 2010, nous affirmons que les professeurs ne peuvent se substituer aux COPsy, qui ont l’obligation de passer un concours avant de suivre une formation de deux années, le plus souvent après un master de psychologie. Qui pourrait croire que des professeurs non formés pourraient se substituer à des personnels formés en ce qui concerne un sujet aussi crucial que l’orientation ? L’accompagnement « personnalisé » doit tenir ses promesses, celle de la réussite scolaire et du soutien pour remédier au décrochage, et non pas être l’objet d’expérimentation : les professeurs n’ont pas une formation suffisante pour remplacer les COPsy et doivent conserver leur rôle d’enseignants. Si l’accompagnement personnalisé demeure, il doit rester un vrai accompagnement personnalisé, basé sur l’acquisition de connaissances. C’est-à-dire avec moins de 12 élèves par classe.

Cependant, les professeurs ne doivent pas rester étrangers au processus d’orientation des élèves. En effet, ces derniers doivent être des guides en redirigeant les élèves vers l’information précise. Par ailleurs, cela passe par la concrétisation de certains enseignements tels que les sciences, les mathématiques ou encore les SES : dans ces cas, un professeur peut, une fois une connaissance acquise, ou un palier atteint, faire part aux élèves de son utilisation dans la société ou dans la vie active. Néanmoins, il convient de rappeler que les professeurs ne sont « que » des transmetteurs de connaissance. Ainsi, même avec un minimum de formation sur l’orientation et la façon d’informer les élèves, le travail revient surtout aux COPsy, encore malheureusement trop peu nombreux. En effet, aujourd’hui, 3 768 conseillers psychologues officient au sein de l’éducation nationale, soit environ 1 conseiller pour 1415 élèves du secondaire. Ce chiffre est alarmant : comment, si les élèves ne sont pas guidés par des professionnels, peuvent-ils faire un choix clair et assumé ? De fait, nous demandons à ce qu’il soit plus nombreux : une bonne orientation ne se fera qu’avec une augmentation de moyens, bien répartis. Le SGL affirme donc la complémentarité des acteurs de l’orientation : les professeurs peuvent nous informer, et nous rediriger vers les COPsy, spécialistes de l’orientation.

Quant aux moyens d’information dématérialisés, il existe « Orientation pour tous « . Via la Délégation à l’Information et à l’Orientation, l’État s’associe avec les régions et les partenaires sociaux pour proposer aux lycéens un service d’information à l’orientation dématérialisé, disponible sur www.orientation-pour-tous.fr . Quant au numéro de téléphone qui est mis en place en cette rentrée (0811 70 39 39), il s’agissait d’une revendication du SGL lors de la campagne CAVL/CSE 2010. Bien qu’il s’agisse de progrès importants, nous regrettons le manque de communication et le manque de lisibilité de l’information à l’orientation. En effet, une minorité d’élèves ont été mis au courant de ces dispositifs. Nous préconisons par ailleurs une véritable unification des services d’information et d’orientation dématérialisés (Site de l’ONISEP + Orientation pour tous). Nous voulons une plate-forme commune, claire, simple et précise, afin de pallier au découragement de l’élève. Il s’agit là de l’attirer vers ces nouveaux outils, qui doivent cependant rester secondaires, s’agissant d’une simple base d’information, à distance : rien ne remplace le contact humain et le dialogue, entre l’élève et son entourage. Par ailleurs, dès la première doivent être donnés des cours au sujet d’Admission Post Bac (APB) : trop tardivement, les élèves apprennent à se servir du portail en ligne.

 III. Susciter la demande d’information

Toutes ces avancées en terme de démocratisation de l’information ne peuvent que nous réjouir. Il s’agit pour nous d’un pilier, qui constitue la base d’une bonne orientation, pour tous. Cependant, l’universalisation de l’information n’est pas synonyme d’universalisation de la demande. Les élèves doivent donc être au préalable accompagnés dans leur recherche d’information, sans pour autant être orientés. En effet, les élèves motivés, ayant déjà découvert un certain nombre de domaines, de milieux différents et qui se trouvent, un jour ou l’autre, en manque d’information chercheront toujours un moyen de se renseigner. Mais sans cette motivation, même avec une information disponible pour tous, car universalisée, elle reste disponible qu’à priori : elle ne devient, en fait, que matériellement accessible à tous. Il ne faut pas se leurrer : la motivation, l’ambition, l’envie de s’orienter soi-même naît d’une connaissance du monde, d’une certaine découverte de soi-même : c’est d’ailleurs cela que nous souhaitons démocratiser, par le biais de ce projet. Ces découvertes passent par des activités extra-scolaires, qui dépendent trop souvent des moyens des parents. A la base donc de ce manque de demande d’information, bien trop souvent, se cache une inégalité sociale profonde, que l’école de la république se doit d’anéantir.

Ainsi, ce n’est pas la connaissance qui précède la proposition, mais c’est bien la proposition qui précède la connaissance. Il n’y a pas d’orientation sans exploration, sans découverte, dans le domaine scolaire, associatif et personnel. Cela rejoint d’ailleurs notre réflexion « Lycée : lieu de vie » qui favorise l’épanouissement personnel, l’engagement associatif, et donc l’ouverture des élèves.

Les rendez-vous avec les COPsy doivent donc devenir des pratiques habituelles, et non plus des « punitions » stigmatisantes données aux élèves en difficultés qui doivent se réorienter ! Pour cela, les élèves de troisième et de lycée doivent assister à des séances trimestrielles avec les COPsy visant à informer précisément sur les poursuites d’études. Nous demandons par ailleurs le développement d’ateliers (avec COPsy), de conférences (chefs d’entreprise, spécialistes de l’emploi), de rencontres (étudiants, jeunes salarié), etc. Pour concrétiser le devenir des lycéens (~16h/an), dans TOUS les lycées. L’information doit être la même partout, dans toutes les régions, il s’agit là d’égalité. Quant aux programmes avec des grandes écoles, ou encore classes préparatoires, universités ; ils doivent être développés : une ouverture et des cours en plus peuvent révéler de nouvelles ambitions. En revanche, nous demandons à ce qu’il ne n’agisse plus que de programmes d’égalité des chances, essentiellement réservés aux élèves défavorisés, mais bien de programmes ouverts à tous, sur des bases de mérite, dans un soucis d’équité. Enfin, les journées d’immersion doivent être démocratisées : le lien avec les universités et les différentes possibilités de poursuite d’études doit être renforcé, en permettant par exemple des journées d’immersion mais également des rencontres, entre étudiants, enseignants-chercheurs et lycéens.

Mais la motivation de l’élève est aussi liée à de bonnes conditions d’éducation : il doit prendre plaisir à apprendre, assister au cours. L’oral, l’échange, doit être favorisé en cours. Tout cela est possible, avec moins d’élèves par classe.

 Conclusion

L’orientation en France est donc au cœur du système scolaire et son bon fonctionnement est condition de la réussite de tous les lycéens. Le Syndicat Général des Lycéens considère sa modernisation, en partie initiée, comme une priorité. Il s’agit aujourd’hui d’inciter les lycéens à se prendre en main, à s’orienter plutôt qu’à être orienté, afin d’éradiquer les orientations par défaut. Cela passe par une démocratisation de l’information mais également de la demande, en permettant au collégien puis aux lycéens de découvrir à la fois le monde professionnel, mais également le monde étudiant. L’orientation est indissociable de la découverte, et donc de l’épanouissement du lycéen dans sa vie quotidienne : en plus d’un lieu d’études, le lycée doit donc devenir un véritable lieu de vie.