Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance !

Abraham Lincoln

Introduction

L’Ecole républicaine a subi depuis 10 ans les assauts des politiques néolibérales menées par les gouvernements au pouvoir. Ces derniers, aveuglés par l’idéologie dominante, ont voulu progressivement soumettre l’école publique aux lois du marché, mettant en péril notre modèle républicain, garant d’une éducation de qualité, ouverte à tous et favorisant la réussite de chacun. Des coupes sombres ont été menées, considérant l’Education comme une variable d’ajustement budgétaire. Ainsi, 175000 postes ont été supprimés dans l’Education Nationale (dont 65000 d’enseignants) entre 2007 et 2011.

Affaibli par une absence de réformes audacieuses et par ces restrictions, notre Lycée vieux de plus de 200 ans est, comme l’ensemble du système éducatif, à bout de souffle. Notre système éducatif est en effet miné par l’inégalité : à partir de 2005 la durée de scolarisation des élèves issus des classes sociales défavorisées a baissé pour la 1ère fois depuis le début du XXème siècle, alors qu’elle a continué à augmenter pour ceux issus des milieux favorisés. De plus, les différences de milieu social expliquent 28% des différences de performances entre les élèves contre 16% au Canada par exemple. Le système d’orientation est opaque et inefficace : des collégiens sont orientés contre leur gré après la 3ème et les bacheliers sont mal aiguillés dans leur choix de formation post bac, favorisant l’échec dans le supérieur. Le baccalauréat, quant à lui, dysfonctionne, dévalorisé, favorisant le bachotage, souffrant d’inégalités de traitement. Il est, de plus, la cible des néolibéraux, qui veulent, en instaurant le contrôle continu (ou Contrôle en Cours de Formation) comme évaluation du bac par exemple, abolir son caractère national et républicain, afin d’établir une concurrence entre les lycées. La démocratie lycéenne est balbutiante. Le système de notation est obsolète. L’inégalité entre les filières et les voies (professionnelle, technologique et générale) est persistante. L’éducation civique est l’une des grandes oubliées du secondaire, de par son caractère non spécifique. Le soutien scolaire privé, pied de nez à l’idéal républicain, se développe de façon exponentielle. La violence scolaire mine l’environnement éducatif et émancipateur du lycée. La culture et le sport sont insuffisamment développés dans la majorité des lycées. Nos établissements ont encore du chemin pour se convertir entièrement au développement durable.

C’est pourquoi nous appelons à une réforme ambitieuse du Lycée, pour une éducation de qualité, ouverte à tous, transcendant les inégalités sociales, émancipatrice et citoyenne.

 

1) Quatre voies pour le second cycle du secondaire

Afin que chacun puisse, après sa 3ème, choisir véritablement sa voie en fonction de ses goûts et de ses capacités, tout en ayant une structure globalement identique pour plus d’égalité, nous proposons que 4 voies soient créées : l’une professionnelle en alternance, l’autre professionnelle en continu, une technologique et, enfin, une dernière générale.

La nouvelle voie d’enseignement professionnel en alternance, qui délivrerait une formation un peu plus courte mais plus professionnelle et plus concrète, devra comprendre deux diplômes, l’un de 2 ans, le CAP (dont la structure ne devrait pas trop évoluer) puis, pour les titulaires d’un CAP qui le souhaitent, un diplôme plus général et d’approfondissement professionnel, le BEP, pour ensuite, après ces diplômes, entrer plus facilement dans le monde du travail avec une solide formation tout en permettant un épanouissement de l’élève dans un cadre mêlant, de manière égale, théorique et pratique.

Nous imaginons aussi une voie d’enseignement professionnel en continu, avec une formation professionnelle moins spécialisée et plus générale, identique au Bac professionnel, avec des options plus en phase avec le monde du travail. La voie technologique doit, quant à elle, être profondément réformée. Cette réforme passe par une refondation de la 2nde GT en y instaurant plus de matières en rapport avec cette voie technologique et en l’adaptant afin qu’elle soit la 1ère porte d’entrée vers les BTS, les IUT et les DUT, notamment par l’introduction de périodes de stage et en établissant une continuité entre le programme des filières technologiques et des BTS et IUT du même domaine de spécialisation.

Enfin, la voie d’enseignement général doit délivrer une formation générale et théorique avec une moindre spécialisation et avec une terminale organisée par dominantes, pour que les élèves approfondissent les matières dont ils souhaitent poursuivre l’étude dans l’Enseignement Supérieur. Ainsi, la classe de première générale serait donc une classe de détermination au sein de la voie générale et la terminale serait orientée vers une matière dominante (Histoire-Géographique, SES, Mathématiques, Français, SVT, EPS, Droit, Langues vivantes, Physique-Chimie etc.) choisie par l’élève, afin de le préparer à ses futures études universitaires.

Mais, afin de garantir niveau commun de culture générale, pour que chacun puisse pouvoir penser par lui-même et s’épanouir, pour empêcher toute dévalorisation d’une voie par rapport à une autre et pour assurer le droit à l’erreur concernant l’orientation, le principe du lycée polyvalent regroupant toutes les voies doit être privilégié et un « tronc commun » doit exister entre toutes les voies avec notamment l’apparition de la philosophie pour toutes les classes de terminale et de BEP. Des classes « d’adaptation » doivent être crées afin de favoriser le passage entre toutes les voies et toutes leurs séries (des classes qui seraient des structures à demi intégrées dans les classes de prédilection mais avec un volume horaire (de rattrapage) plus lourd et un accompagnement plus important pendant ce temps d’adaptation (qui peut aller de 3 mois à 1 an)). De plus, dans chaque ville où il existe un lycée général, technologique, professionnel en continu ou professionnel en alternance, toutes les voies doivent être progressivement proposées pour que, à terme, partout, il n’y ait qu’un seul lycée avec 4 voies.

 

2) Un nouveau dispositif qui répartit plus équitablement les moyens

Afin de faire de l’égalité des chances le leitmotiv du lycée de demain, afin que chaque lycéen ait les mêmes chances que ses camarades, afin de réduire au maximum les inégalités dues aux origines sociales, afin que tous les lycées puissent réaliser les mêmes objectifs scolaires, nous proposons la création d’un nouveau dispositif d’allocation différenciée des ressources humaines et matérielles entre les lycées, qui prend en compte la diversité des situations scolaires. Ainsi, nous souhaitons qu’ une partie des moyens soit alloué en fonction du niveau des élèves de chaque établissement, de leurs milieux sociaux d’origine, afin de donner à chaque lycée les moyens nécessaires pour accompagner de manière optimale tous les élèves vers le niveau Bac. Nous proposons donc que les lycées qui ont un taux de réussite attendu au bac faible disposent de davantage de moyens.

L’assouplissement de la carte scolaire a causé d’importants dommages sur la mixité scolaire, comme en témoigne le rapport du SNPDEN de mai 2010. Une mixité sociale dans nos lycées est un gage d’égalité républicaine, d’égalité des chances et de conformité à l’esprit de l’école républicaine, élément du creuset national républicain. De plus, la mixité sociale est aussi un formidable vecteur de mobilité et brassage social, conditions obligatoires pour une société équitable basée sur le vivre ensemble. C’est pourquoi nous demandons le retour à la situation antérieure à 2007 en ce qui concerne la carte scolaire ainsi qu’une réforme des zones (par des commissions locales associant les parties prenantes [professeurs, élèves, parents d’élèves, élus, chefs d’établissement, . . .]) de cette dernière afin de renforcer la mixité scolaire dans nos établissements. En effet, un nouveau lycée doit représenter la nouvelle société mixte demain.

 

3) Une nouvelle pédagogie dans un lycée plus adapté aux lycéens 

Modifier les rythmes scolaires est essentiel pour un lycée meilleur. En effet, aujourd’hui, les lycéens subissent 8 à 9 heures de cours par jour de cours, ce qui nuit à la fois à l’apprentissage, à la santé et à l’épanouissement de chacun en restreignant la possibilité de participer à des activités extra-scolaires. De nombreuses études ont en effet prouvé que l’horloge biologique des jeunes est décalée(1) et que des horaires mal adaptées ont des effets dévastateurs sur la santé des lycéens : 55% se sentent somnolents dans la journée au moins 1 fois par semaine, 30 % d’entre eux ont tendance à s’endormir(2) et, plus grave encore, 20% des adolescents consomment des psychotropes [selon Le Monde éducation du 12 mai 2010]. Pourtant, des solutions existent comme retarder l’entrée en cours comme cela s’est fait avec succès à Minneapolis (USA)(3) et comme l’a recommandé l’Iserm(4). De plus, la durée moyenne de cours en France est nettement supérieure à des pays comme Allemagne (45 minutes) ou l’Afrique du Sud (35 minutes) par exemple.

C’est pourquoi nous proposons une véritable réforme des rythmes scolaires au lycée avec des journées allant de 9h à 16h (avec une pause méridienne de 1h) réparties sur 5 jours par semaine et 180 jours annuels avec une durée de cours de 45 minutes. Ainsi, ce rythme sera adapté à l’horloge biologique des lycéens, tout en permettant l’exercice d’activités extra-scolaires, afin de permettre l’épanouissement de tous.

Nous proposons aussi, afin que tous acquièrent une plus grande autonomie pour l’avenir, pour que l’inventivité soit stimulée, pour que la capacité de raisonnement et de questionnement soit amplifiée, afin que tous apprennent à travailler en équipe tout en favorisant un apprentissage actif de notions et de méthodes de travail et d’organisation où les élèves soient acteurs de leur propre éducation, l’instauration de 2 heures obligatoires par semaine de cours de travaux créatifs pour chaque classe des 4 voies. Pendant ces 2 heures, sous l’encadrement de professeurs de toutes les matières, chaque groupe travaillera sur un sujet pluridisciplinaire, qu’il ont choisi en début d’année, sur le modèle de T.P.E., afin de répondre, de la manière dont ils le souhaitent ( dossier, expérience, . . . ) à la problématique (qu’ils auront préalablement définie) mais en comptant une présentation orale et un support écrit. Ainsi, les professeurs les guideront dans leur questionnement, leur recherche documentaire puis leur rédaction et leur présentation tout en transmettant des notions nouvelles, des approfondissements ainsi que des méthodes de travail et d’organisation pour un apprentissage en interaction, plus attractif et toujours aussi enrichissant pour les uns et pour les autres.

Enfin, nous proposons une réforme en profondeur du baccalauréat, pour que cet épreuve ne se joue plus sur une ou deux semaines, fin juin, comme actuellement ; pour éviter le bachotage qui montre les limites du bac ; pour permettre aux lycéens de ne pas miser toute leur scolarité sur une seule épreuve, injuste de surcroit, (car privilégiant l’élève qui, par chance, a étudié le sujet proposé à celui qui a travaillé tous les points du programme). Pour ce faire, les années de terminale et de BEP devront être « découpées » en 2 semestres tout comme les programmes qui devront être divisés en 2 parties d’importance égales (dont l’ordre entre les parties est évidemment au choix de l’enseignant en ce qui concerne sa matière). Ainsi, à chaque fin de semestre, une épreuve de bac et de BEP sera organisée, avec pour chaque matière 2 sujets au choix, chacun correspondant à une des 2 parties du programme.

Le caractère national du BAC doit être renforcé. En effet, c’est la garantie que chaque bachelier ait un diplôme de même valeur. Le contrôle continu (ou Contrôle en Cours de Formation) abolirait de facto cette égalité entre les bacheliers, car certaines épreuves et leurs notation seraient différentes entre les lycées. C’est justement contre une telle dérive qu’il faut se prémunir, pour que la valeur du diplôme soit la même partout, que l’on ait étudié dans un lycée « prestigieux » ou dans un lycée populaire. C’est une réforme ambitieuse que nous portons, avec un Bac semestrialisé et national, avec des rythmes scolaires optimaux et avec un encouragement fort de l’épanouissement personnel et de la créativité de tous.

 

4) Un meilleur encadrement et des équipes mieux formées et plus stables 

L’éducation dépend aussi de l’encadrement des élèves(5). En effet, les petits effectifs permettent un suivi plus personnalisé de l’élève (afin de lui offrir au mieux un enseignement plus adapté à ses capacités, à sa compréhension des notions abordées), de favoriser la prise de parole (qu’il est plus difficile d’exercer dans une classe à gros effectif) et d’offrir un apprentissage plus rapide et plus approfondi du programme. C’est pourquoi nous demandons, qu’une limite nationale de 30, puis de 25 élèves par classe soit instaurée.

De plus, pour permettre un réel suivi des élèves et afin d’animer et de gérer efficacement la vie à l’intérieur des lycées, une requalification des assistants d’éducation est nécessaire ainsi qu’une augmentation de leurs effectifs. Ainsi, une formation initiale générale (psychologie, pédagogie, gestion administrative de la vie scolaire, accompagnement des sanctions, médiation des conflits, remise à niveau si besoin, orientation, animation culturelle et sportive, . . .) d’un mois doit être délivrée à tous les nouveaux assistants d’éducation pendant les vacances d’été. Des formations complémentaires plus spécialisées (soutien scolaire, accompagnement des sanctions, orientation, …) d’une semaine chacune devront être proposées pendant les vacances scolaires.

La formation et les affectations des professeurs doivent être reformées face au désastre de l’absence de formation des professeurs (réforme de la masterisation) et de l’aberration du système d’affectation qui veut les professeurs les moins expérimentés enseignent dans les établissements les plus en difficulté. C’est pour cela que nous demandons une formation plus pédagogique, parce qu’enseigner est un métier qui s’apprend, intégrée dans la réforme LMD, afin d’apporter une formation reconnue et fiable aux enseignants.

C’est pourquoi nous proposons une réforme ambitieuse de la formation initiale de tous les enseignants (du primaire et du secondaire). Nous militons pour la création d’une école de l’enseignement, inscrite dans le système LMD, accessible au niveau licence (BAC+3) et dont le cursus s’étendrait sur 2 ans. L’accès à cette école se fera par concours. Les élèves admis auraient le statut de fonctionnaire stagiaire. Après avoir validé leurs 2 années, ces derniers obtiendraient le statut de professeur (ainsi qu’un diplôme au grade de master). Ensuite, ces nouveaux enseignants auraient droit à une année d’immersion, où ils assureraient 10h de cours par semaine, où ils suivraient 5h de formation (par semaine, auprès d’une école de l’enseignement) et où ils seraient détachés 5h par semaine auprès du Service Public Scolaire. Plus précisément, ces 2 années seraient 2 ans de master disciplinaire et pédagogique, chaque master correspondant à la future spécialisation du professeur (un master pour les futurs professeurs des écoles, un autre pour ceux qui se destinent aux mathématiques, …). De plus, afin de renforcer l’ouverture culturelle des futurs enseignants et leur appartenance à l’Europe, nous souhaitons que lors de la 1ère année, un semestre soit passé dans une autre université européenne conventionnée.

La formation professionnelle est l’une des grandes oubliées du système éducatif français. Pourtant, elle est l’un des moyens pour améliorer la qualité de l’enseignement (par l’augmentation des compétences et connaissances) ainsi l’environnement du lycée (par des sensibilisations à la gestion des associations, à la violence scolaire, …). C’est pourquoi nous proposons d’accorder 36h de formation professionnelle par an d’enseignement, 32h aux autres personnels éducatifs et 28h aux autres personnels de l’enseignement (temps cumulable sur 6 ans). Ainsi ces personnels pourraient suivre une formation disciplinaire (renforcement en mathématiques, …), pédagogique, technique ou d’animation (culturelle, d’associations, …). De plus, tous les 5 ans, tous les personnels de l’Education devront suivre une formation sur la gestion des conflits (de 1 à 2 jours) afin de prévenir efficacement la violence scolaire et le harcèlement dans le cadre scolaire.

 

5) Un meilleur accompagnement du lycéen 

Aujourd’hui, tout le monde ou presque se perd dans la jungle de l’orientation. Entre professeurs principaux, conseillers d’orientation psychologues, assistants d’éducation, CDI (avec son kiosque ONISEP), CIO ( réparti uniquement dans les grandes villes ), forums de l’orientation de toutes sortes, ONISEP ( organisme public mais aux publications payantes), processus d’orientation active, CIDJ , et les diverses officines privées sans compter les multiples guides et les différents sites internet, toute une multitude d’acteurs et d’intervenants sont là pour conseiller, gratuitement ou non, le lycéen dans ses démarches d’orientation, au grand désavantage de beaucoup de jeunes, qui, perdus ou remplis de doute, ne sachent plus à quel conseiller se vouer ! C’est pour permettre une orientation pour tous les élèves, simple, lisible et claire que nous demandons la création d’un Pôle Public de l’Orientation. Ce pôle, piloté par les ministères de l’Education Nationale et de l’Enseignement supérieur, et issu de la fusion des CIO et de l’ONISEP, serait doté d’une antenne dans chaque établissement scolaire, ouverte à tous et disposant de la plupart des revues d’orientation et de personnel formé, (voire, pour les grandes villes, d’un site ou de sites, faciles et rapides d’accès [depuis les lieux d’étude] regroupant tous ces services pour les établissements scolaires géographiquement proches) d’un site internet unique, d’une application pour mobiles (gratuite) ainsi que d’un numéro de téléphone(6) (non surtaxé) pour tous ceux qui souhaiteraient s’informer sur les différentes formations, métiers, etc…) Ainsi, les lycéens disposeront d’une vraie information claire, lisible et facilement accessible en ce qui concerne leur orientation, afin que chacun décide, en toute connaissance de cause, de son avenir.

Toutes ces avancées en terme de démocratisation de l’information ne peuvent que nous réjouir. Il s’agit pour nous d’un pilier, qui constitue la base d’une bonne orientation, pour tous. Cependant, l’universalisation de l’information n’est pas synonyme d’universalisation de la demande. Les élèves doivent donc être au préalable accompagnés dans leur recherche d’information, sans pour autant être orientés. En effet, les élèves motivés, ayant déjà découvert un certain nombre de domaines, de milieux différents et qui se trouvent, un jour ou l’autre, en manque d’information chercheront toujours un moyen de se renseigner. Mais sans cette motivation, même avec une information disponible pour tous, car universalisée, elle reste disponible qu’à priori : elle ne devient, en fait, que matériellement accessible à tous. Il ne faut pas se leurrer : la motivation, l’ambition, l’envie de s’orienter soi-même naît d’une connaissance du monde, d’une certaine découverte de soi-même : c’est d’ailleurs cela que nous souhaitons démocratiser, par le biais de ce projet. Ces découvertes passent par des activités extra-scolaires, qui dépendent trop souvent des moyens des parents. A la base donc de ce manque de demande d’information, bien trop souvent, se cache une inégalité sociale profonde, que l’école de la république se doit d’anéantir.

Ainsi, ce n’est pas la connaissance qui précède la proposition, mais c’est bien la proposition qui précède la connaissance. Il n’y a pas d’orientation sans exploration, sans découverte, dans le domaine scolaire, associatif et personnel. Cela rejoint d’ailleurs notre réflexion « Lycée : lieu de vie » qui favorise l’épanouissement personnel, l’engagement associatif, et donc l’ouverture des élèves.

Aujourd’hui, se multiplient les créations de sociétés privées de soutien scolaire, les petites annonces pour des cours de soutien payants, etc. Une éducation à deux vitesses est donc en train de se créer avec d’un côté des familles de lycéens pouvant se permettre un financement des services de soutien scolaire (ponctuels le plus souvent) et de l’autre la grande majorité des familles qui, pour des raisons financières, sont en sont exclues : c’est donc à une véritable entorse au principe de l’égalité républicaine que nous assistons. Afin de rétablir une véritable éducation gratuite de qualité, nous proposons de créer un Service Public d’Aide Scolaire. Concrètement, ce Service Public d’Aide Scolaire serait assuré par des assistants d’éducation spécialisés dans le soutien scolaire ainsi que par des professeurs, spécialement détachés (jeunes professeurs lors de leur année d’« immersion », professeurs remplaçants, …). Ces soutiens scolaires gratuits seraient alors assurés dans l’enceinte des établissements pendant les heures d’études et lors de créneaux hors temps scolaire spécifiquement aménagés et par l’intermédiaire d’un site internet, véritable plateforme d’échanges entre élèves et professeurs, muni de forums par matière et d’exercices en ligne spécifiquement élaborés. Ce Service Public d’Aide Scolaire est l’une des clés pour réduire l’échec scolaire qui gangrène notre système éducatif.

La pédagogie ne doit pas s’arrêter à la porte du conseil de discipline. N’oublions pas que les lycéens et les autres élèves sont avant tout dans une phase d’apprentissage. L’Ecole est aussi une instance de socialisation. Et, c’est sa mission d’inculquer les normes et les valeurs de notre société, pour une société plus juste et plus humaine. C’est pour cela que nous souhaitons une réforme des sanctions disciplinaires, en renforçant leur caractère éducatif. L’exclusion définitive de l’établissement scolaire doit être ainsi supprimée, car elle ne règle aucun problème et ne fait que déplacer l’élève sanctionné d’un établissement à un autre. Les autres sanctions doivent elles aussi être réformées. En effet, toutes les sanctions prononcées par les Conseils de Discipline et par les Conseils de Vie Scolaire devraient être assorties d’une période de réflexion et d’actions menées par l’élève sanctionné. Ainsi, il devra produire des travaux (exposés, rédactions, …) de réflexion portant sur l’acte sanctionné ainsi que des actions (organisation d’évènements de sensibilisation, interventions auprès de ses camarades, …) incitant au respect de l’autre et des règles de vivre ensemble pendant une période déterminée.

En outre, un meilleur accompagnement signifie également l’existence d’une réelle continuité des cours. Car, aujourd’hui, par manque de professeurs remplaçants, un élève a perdu, en moyenne, dans toute sa scolarité, une année de cours à cause des absences non-remplacées. C’est donc une situation alarmante qui fragilise le niveau scolaire des élèves. Une solution s’impose logiquement, solution qui permettra d’ailleurs d’augmenter en toute logique les connaissances de tous les élèves, celle de garantir des postes titulaires de remplaçants à plein temps et en nombre suffisant pour palier toutes les absences d’enseignants supérieures à 3 jours. Et, qui plus est, ces professeurs remplaçants, rattachés chacun à un lycée particulier et pouvant intervenir dans tout un secteur déterminé, quand ils ne remplaceront pas leurs collègues, seront affectés au Service Public d’Aide Scolaire, afin d’aider au mieux tous les élèves.

 

6) Un lycée numérique, durable et accessible à tous 

Aujourd’hui le coût du transport scolaire grève le budget des familles, engloutissant jusqu’à 240 € chaque année. Cette situation est une entorse au principe de gratuité de l’Education. En effet, c’est un coût d’entrée qui est imposé aux familles, particulièrement des milieux ruraux, pour accéder à l’école. Nous ne pouvons accepter cela. C’est pourquoi nous proposons la création d’un Service Public des Transports Scolaires, géré par les collectivités territoriales, qui garantira la gratuité de ce service, la promotion des modes de transports les moins polluants ainsi que l’adéquation avec les territoires et les besoins des habitants.

Pour que le lycée soit compatible avec un 21ème durable, il se doit de devenir l’un de ses promoteurs et l’un de ses exemples, un endroit où il fait bon étudier sans porter atteinte à l’environnement. Ainsi, tous les nouveaux lycées construits doivent être des bâtiments à basse consommation et tous les lycées déjà édifiés doivent être rénovés selon la norme BBC. De plus, afin que tous les lycéens puissent être formés au développement durable sous tous ses aspects pour une utilisation, professionnelle et théorique, de ces connaissances dans le monde de demain, une option Développement Durable (Co-animée par des professeurs de SVT, d’Histoire-Géographie et de SES), doit être proposée dans toutes les voies et, à terme, dans toutes les séries. Le lycée pourra aussi lancer des innovations dans le domaine du développement durable (optimisation de l’utilisation de l’énergie, création de nouvelles démarches durables, . . . ) en s’appuyant sur la créativité des lycéens et sur celle des équipes éducatives, créant donc une émulation intellectuelle dans les établissements où chacun pourra donc mobiliser ses connaissances et ses savoir-faire pour des projets immédiatement concrets.

En cette ère numérique, alors que de nouveaux moyens numériques profitables à l’éducation apparaissent, un pays comme la France ne peut passer à côté de tels moyens qui feront, à coup sûr, progresser la qualité de notre éducation. Et ces moyens, instruments éducatifs parmi d’autres, ne sont diffusés qu’en petit nombre au sein des établissements ce qui laisse craindre un retard numérique pris par notre pays au niveau éducatif. Ainsi nous proposons de généraliser l’usage des Tableaux Blancs Interactifs au sein des salles de classes. La révolution numérique passe aussi par une importante formation des personnels éducatifs. C’est pourquoi nous proposons d’offrir à tous les personnels éducatifs de l’Education Nationale une formation aux TICE. De plus nous souhaitons qu’un ordinateur soit mis à disposition de chaque enseignant.

La restauration scolaire est aussi un sujet important. En effet, six millions d’élèves mangent à la cantine chaque jour mais 52,5% des élèves du secondaire ont encore faim en sortant de la cantine et 48,5% des lycéens et collégiens trouvent que les repas servis ne sont pas bons (enquête cantines CLCV 2009). Nous proposons donc que 50% de la nourriture servie dans les restaurants scolaires soit issue des AMAP, afin de garantir des aliments de qualité, locaux et de saison. De plus, afin de renforcer la qualité nous militons pour que tous les restaurants scolaires adoptent la norme « Service de la restauration scolaire » élaborée en 2005 par l’Afnor. Mais le prix est parfois une barrière pour les familles les plus modestes d’autant plus qu’ils sont différents entre les établissements. C’est pourquoi nous souhaitons la création d’un prix plafond de 3,10 € pour l’année 2012-2013.

Une éducation ouverte à tous passe aussi par une maitrise des coûts de pensionnat et demi-pensionnat et par la gratuité des manuels scolaires et des trousseaux professionnels. En effet, alors que selon Jean-Paul Delevoye, ancien médiateur de la République, « pour 12 à 15 millions de Français les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près », il serait inacceptable de fragiliser encore plus ces familles par des augmentations déraisonnables des tarifs de cantine ou d’internat ou par l’achat de manuels scolaires ou de trousseaux professionnels. C’est pourquoi nous proposons la gratuité des manuels scolaires et des trousseaux professionnels par un système de prêt gratuits similaire à celui de la région Pays de La Loire. De plus, nous militons pour que les tarifs de restauration scolaire et de pensionnat ne puissent pas augmenter plus que l’inflation et plus que la hausse moyenne des salaires afin de préserver le pouvoir d’achat des familles des lycéens.

 

7) Un lycée ouvert sur l’extérieur et plus autonome

Le lycée doit être l’un des moteurs de la société, tant par le savoir qu’il véhicule que par les valeurs (épanouissement, égalité, travail collectif et personnel, mérite. . .) qu’il représente. Il doit donc être de la société et de la collectivité. C’est pourquoi nous militons pour un lycée dont la dynamique s’étend au-delà du cadre scolaire.

Pour ce faire, parce que l’apprentissage des sports et des arts n’est limité qu’au seul cadre scolaire, parce que le lycée doit devenir un lieu multifonctionnel où chacun pourra étudier, faire du sport, se cultiver, etc. ; chaque lycée devra, à terme, conclure un partenariat avec au moins un club de sport et une école municipale d’arts (danse, musique, peinture, …).Ainsi, on pourra imaginer que, demain, une mutualisation des moyens existe entre des clubs de sport, voire les écoles d’arts, et les lycées (ce qui permettra à chacun d’obtenir des matériels extrêmement pointus, de pouvoir disposer plus efficacement des salles, etc.), que les MDL et ces associations sportives et artistiques créent des activités, des manifestations ensemble, etc. ce qui raccrochera les activités extrascolaires avec un lycée devenu plus ouvert. Dans la même optique, des rectorats devront conclure des partenariats avec des fédérations sportives pour des coopérations à plus grande échelle.

De plus, les partenariats entre les divers types d’établissements (collèges, universités, etc.) doivent être développés pour une meilleure continuité de l’éducation ainsi que pour une meilleure mutualisation des moyens humains et financiers (on pourrait donc voir des enseignants-chercheurs donner ponctuellement 1 ou 2 heures de cours à des lycéens de ZEP et/ou de zone rurale, des microscopes sophistiqués d’une université servir pour un TP exceptionnel d’une classe de 3ème, voire des projets mêlant collégiens, étudiants et lycéens, …). Ainsi, chaque université devra conclure un partenariat avec au moins 3 lycées, dont un de ZEP. De plus, les tri-partenariats lycée-collège-université doivent être favorisés.

Enfin, pour que les lycées soient aussi, en ces temps d’échanges internationaux, au cœur des dynamiques mondiales, pour que chaque lycéen ait la chance de pouvoir échanger avec des jeunes d’autres pays, chaque lycée devra conclure, à terme, au moins un partenariat avec au moins un lycée dans l’UE et un lycée hors UE. Ainsi, nous auront des lycées ouverts sur le monde, pour le bénéfice de tous, tant au niveau éducatif qu’épanouissement personnel. Dans la même optique, les partenariats entre rectorats et instances éducatives régionales étrangères doivent se développer, pour des initiatives d’échanges plus larges et plus importantes.

 

8) Un statut lycéen

Les Lycéens, comme travailleurs intellectuels (à l’image des étudiants), comme futurs citoyens responsables, comme jeunes adultes, comme membres d’une jeunesse qui s’émancipe de plus en plus, doivent enfin obtenir un statut propre, qui permettra à tous d’obtenir un accès égal à la culture ainsi qu’une reconnaissance sociale. Outre l’accès juste à une éducation de qualité pour tous, ce Statut offrira à tous les lycéens un plus grand accès à la culture, une formation citoyenne conséquente, l’existence d’une véritable démocratie lycéenne ainsi que de nouveaux droits essentiels pour tous.

Pour que tous les lycéens puissent avoir un large accès à la culture, la carte nationale du lycéen doit offrir des réductions sur des achats culturels (livres, cinéma, etc. ), sportifs (licences sportives, …) ainsi que sur les tarifs de transport (métro, TGV, …). Ces réductions, de l’ordre de 10 à 65%, permettront donc aux lycéens de pouvoir plus facilement accéder aux activités culturelles et sportives. De plus, pour renforcer l’ouverture culturelle des lycéens, ces derniers doivent avoir visité, dans le cadre scolaire, au moins une fois un musée des Beaux-Arts, un musée d’art contemporain, avoir assisté à une représentation (minimum) d’opéra et à une de théâtre et avoir vu, au cinéma, au moins un film (en Version Originale) ayant marqué l’histoire du cinéma. Ces visites devront s’inscrire dans la cadre d’un projet pédagogique, c’est la garantie que ces activités culturelles soient réellement accessibles à tous.

En 2005, 24% des jeunes de 15 à 25 ans déclaraient qu’eux-mêmes ou leur partenaire avaient déjà utilisé la « pilule du lendemain » et les demandes dans les établissements scolaires d’une région comme le Poitou-Charentes sont en augmentation constante (466 délivrances en 2009-2010 par les infirmières scolaires, en augmentation de 91% depuis 2005-2006). La contraception est donc un enjeu majeur pour les lycéens. C’est pourquoi nous proposons la généralisation du Pass Contraception à l’ensemble de la France pour tous les lycéens.

La Démocratie Lycéenne souffre aujourd’hui d’un manque d’intérêt de la part des lycéens, en témoigne les abstentions record lors des élections des CVL. Pourtant, les instances lycéennes jouent un rôle crucial dans la représentation de tous les lycéens, en exprimant et portant les projets des jeunes. C’est pourquoi une réforme indispensable doit voir le jour concernant la Démocratie Lycéenne, qui permettra à cette dernière de trouver plus de force, plus de vigueur, plus d’importance et donc plus de légitimité. Nous proposons ainsi une nouvelle réforme électorale de la Démocratie lycéenne, avec une obligation pour les lycéens de voter aux scrutins. En contrepartie, tous les bulletins blancs et nuls seront exprimés lors de toutes les élections à scrutin non-proportionnel. Ainsi, les élus lycéens auront plus de légitimité et les lycéens pourront également exprimer leurs avis. De plus, des institutions devront être réformées. Ainsi, nous souhaitons que les Conseils Académiques de la Vie Lycéenne soient élus par moitié tous les ans par les élus des CVL de toute l’académie. Afin de donner plus de légitimité nationale au Conseil National de la Vie Lycéenne, ce dernier devra être composé de 40 élus lycéens pour un mandat de 2 ans, sera renouvelé par moitié tous les ans et sera élu par tous les lycéens de toute la France (par un scrutin de liste proportionnel avec répartition à la plus forte moyenne). Enfin, afin de tenir compte de la place des lycéens dans la communauté éducative, nous proposons que 7 sièges soient dévolus aux élus lycéens au Conseil Supérieur de l’Education.

Enfin, les lycéens ont aussi de nouveaux droits à obtenir, en tant que jeunes travailleurs intellectuels, que futurs citoyens responsables et que jeunes adultes. C’est pourquoi nous demandons qu’à l’instar des étudiants le droit syndical soit reconnu aux lycéens, que le droit de manifester soit clairement reconnu et qu’un guide des droits lycéens soit distribué à tous afin que chacun puisse clairement les connaître, les utiliser et les respecter. Ainsi, les lycéens disposeront des droits élémentaires en toute connaissance de cause, conformément à leur future place dans la société.

Notes

(1) : Etude menée par l’équipe du département « Sciences Sociales » de l’université australienne de technologie de Swinburn (Australie) sur un panel de 310 lycéens de 15 à 18 ans et parue dans la revue Journal of adolescence; enquête de l’académie de Lyon en 1993 sur 25700 lycéens de 15 à 20 ans (qui a diagnostiqué un manque de sommeil chronique de ces lycéens).

(2) : Etude TNS Sofres de 2005 pour l’Institut du sommeil et de la vigilance.

(3) : Dans les années 1990, dans certains lycées l’heure des cours a été repoussée d’une heure avec pour résultats un taux d’échec et de dépression des lycéens en baisse significative et des notes augmentées.

(4) : Institut national de la recherche médicale qui proposait en 2001 de fixer l’heure de rentrée des collégiens à 9h.

(5) : L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées françaispar Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire, Ministère de l’Education nationale.

(6) : Un numéro de téléphone pour aider à l’orientation est mis en place pour les habitants de 41 départements par l’ONISEP (0810012025).

Sources

  • Ministère de l’Education nationale
  • Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE)
  • Fondation Robert Schuman
  • Région Poitou-Charentes
  • Région Pays de la Loire
  • Alternatives Economiques, numéro 317, octobre 2012

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